Intégrer la mobilité électrique dans une ETI nécessite une approche méthodique alliant audit précis des usages, construction progressive d’une feuille de route et adaptation des infrastructures de recharge. En s’appuyant sur des retours d’expérience concrets, cet article présente les étapes clés pour réussir cette transition, notamment la priorisation des utilitaires légers, l’accompagnement des collaborateurs par la formation et les dispositifs incitatifs, ainsi que l’optimisation énergétique grâce à un pilotage intelligent. Enfin, il souligne l’importance d’inscrire cette démarche dans une stratégie managériale globale, contribuant à la performance durable de l’entreprise et à son engagement environnemental.

L’audit mobilité, première étape stratégique pour identifier les besoins et capacités

Réaliser un audit mobilité approfondi est la base incontournable pour intégrer efficacement la mobilité électrique dans une ETI. Cet audit consiste à identifier précisément quels véhicules de la flotte sont éligibles à l’électrification en examinant les usages spécifiques, notamment les trajets courts et récurrents, ainsi que les exigences opérationnelles propres à chaque véhicule.

Simultanément, l’évaluation de l’infrastructure électrique existante sur site doit quantifier la capacité installée, la puissance disponible des bornes, leur localisation, et les possibilités de gestion dynamique de la charge. Ces données pilotent la planification de l’évolution des infrastructures et garantissent le respect des quotas imposés par la loi LOM.

Ce diagnostic rigoureux évite des investissements inadaptés ou surdimensionnés. En offrant une visibilité complète sur les capacités et usages, il forme une feuille de route réaliste et progressive, essentielle pour réussir la transition sans rupture opérationnelle.

Construire une feuille de route progressive intégrant véhicules et infrastructures

Pour orchestrer la transition électrique dans une ETI, il est primordial de mettre en place un planning en plusieurs phases cohérentes.

1. Prioriser les utilitaires légers

La conversion initiale doit cibler les véhicules utilitaires légers, souvent compatibles avec les caractéristiques des moteurs électriques, impactant significativement les émissions et les coûts liés au carburant.

2. Déployer les bornes de recharge adaptées

Commencer avec des bornes AC (7 à 22 kW) pour les stationnements longs permet une recharge fiable et économique. Pour les besoins urgents ou usages intensifs, les bornes DC rapides (>50 kW) offrent la flexibilité requise.

3. Tester et ajuster par étapes

Un programme pilote sur trois ans, intégrant accompagnement terrain, phase de test des infrastructures, et outils numériques tels que dashboards de suivi, assure une mise en œuvre maîtrisée et des ajustements en temps réel.

4. Garantir la conformité et l’intégration technique

Toutes les bornes déployées doivent être conformes à la norme IRVE niveau 2 minimum et intégrées au système de gestion technique du bâtiment (GTB) pour optimiser la consommation énergétique et la maintenance.

Favoriser l’adhésion des collaborateurs par la formation et les dispositifs incitatifs

Le succès de la mobilité électrique dépend étroitement de l’acceptation par les collaborateurs. Voici des actions pratiques pour faciliter cette adhésion :

  • Mettre en place des formations pratiques ciblées permettant de démystifier l’autonomie des véhicules électriques et la compréhension des réseaux de recharge.
  • Communiquer de manière transparente sur les bénéfices environnementaux et financiers, favorisant l’adhésion au projet.
  • Proposer des dispositifs incitatifs tels que véhicules de fonction électriques exonérés de TVS, indemnités kilométriques avantageuses et accès à des badges de recharge interopérables.
  • Organiser des ateliers participatifs pour recueillir les retours des utilisateurs et co-construire les bonnes pratiques au quotidien.

Ces mesures renforcent la confiance et encouragent un usage régulier des véhicules électriques, limitant les réticences liées à la panne ou aux contraintes logistiques.

Optimiser la gestion énergétique et financière grâce au pilotage intelligent

L’adoption d’un pilotage intelligent est un levier majeur pour rentabiliser la mobilité électrique en ETI :

  • Mettre en œuvre un pilotage dynamique via des solutions IoT permet d’ajuster en temps réel la consommation électrique, maximisant l’usage des énergies renouvelables disponibles.
  • Limiter les dépassements de puissance souscrite évite des surcoûts liés notamment à la composante annuelle de gestion et à la facturation de la puissance réactive.
  • Intégrer des technologies avancées comme le vehicle-to-grid (V2G) optimise la capacité réseau, tout en favorisant la stabilité électrique et potentiellement en générant des revenus additionnels.
  • Exploiter les avantages fiscaux : exonération totale de TVS pour véhicules 100 % électriques, amortissement dérogatoire fixé à 30 000 €, et récupération de la TVA sur bornes et électricité professionnelle.
  • Bénéficier des aides publiques telles que la prime à la conversion, le bonus écologique, les subventions locales et le programme Advenir, réduisant efficacement le coût d’entrée.
  • Mesurer le retour sur investissement, qui dans plusieurs cas concrets se situe entre 3 et 4 ans, grâce aux économies réalisées sur le carburant et l’entretien.
Station de recharge électrique moderne devant des bureaux, avec plusieurs voitures électriques branchées dans une ambiance professionnelle.
Station de recharge électrique moderne devant des bureaux, avec plusieurs voitures électriques branchées dans une ambiance professionnelle.

Positionner la mobilité électrique comme une stratégie managériale intégrée au projet d’entreprise

Intégrer la mobilité électrique va au-delà d’une simple opération technique. Elle doit devenir un levier stratégique améliorant la performance globale et le bien-être des collaborateurs.

Des parcours professionnels diversifiés, incluant management, expertise technique et projets dédiés à la transition énergétique, favorisent l’engagement des salariés. Parallèlement, aligner la politique mobilité avec les objectifs environnementaux et réglementaires renforce la réputation écoresponsable de l’ETI et facilite l’accès aux zones à faibles émissions (ZFE).

L’exemple d’Orange illustre parfaitement cette dynamique : avec plus de 7 000 véhicules électrifiés prévus et un réseau interne dense de bornes, l’entreprise démontre l’efficacité d’une stratégie progressive multi-sites, renforçant la synergie entre RH, technique, finance et environnement.

Favoriser ainsi une collaboration transversale garantit la cohérence, la pérennité et la capacité d’adaptation de la politique mobilité électrique, essentielle pour répondre aux défis réglementaires et aux enjeux de compétitivité actuels (1)(2).

Sources

  • Primeo Energie – Mobilité électrique en entreprise (https://www.primeo-energie.fr/actuenergie/mobilite-electrique-entreprise)
  • Idex – Réussir le passage à la mobilité électrique en entreprise (https://www.idex.fr/le-blog/comment-reussir-le-passage-la-mobilite-electrique-en-entreprise)
  • Avere France – Intégration de la mobilité électrique et pilotage énergétique (https://www.avere-france.org/publication/etude-rte-avere-france-une-integration-de-la-mobilite-electrique-sans-difficulte-pour-le-reseau)